Pour beaucoup la légende de la sportivité automobile italienne est surtout représentée par Ferrari...Mais peu pensent aussi à Maserati...et pourtant cette marque a aussi été un acteur majeur de la compétition automobile et de l'innovation technique. Maserati est l'autre symbole du luxe et de la sportivité italienne.....

1/1914-1937 Une genèse familiale...

 

La saga Maserati débute dans la province de Pavie, une région située dans le sud de la Lombardie. Entre 1881 et 1898, la famille Maserati connaîtra la naissance de pas moins de six frères : Carlo, Bindo, Alfieri, Mario, Ettore et Ernesto. Le père, cheminot, n'a aucun lien avec la mécanique, et pourtant cinq des sic frère y feront carrière. A la différence du sixième qui se dirigera vers...la peinture !

Le premier des frères Carlo débute sa carrière en 1901 comme pilote testeur chez Fiat, et ce jusqu'à ce qu'il rejoigne en 1903 Isotta Fraschini, où il sera rejoint par son deuxième frère Alfieri, puis , plus tard par Bindo et ettore. En 1907, Carlo décide de rejoindre la marque Bianchi. Après avoir couru à la Coppa Florio (où il arrivera 9eme) et à la Kaiserpreis, il devient directeur de l'entreprise automobile Junior, où il engagera son frère Ettore. Mais Carlo disparaîtra prématurément d'une tuberculose en 1910.

 

A la veille de la première guerre mondiale, en décembre 1914, Alfieri maserati décide de se mettre à son compte. Avec l'aide de ses frères Ernesto et Ettore, il crée un atelier, à Bologne, spécialisé dans la préparation de moteurs Isotta-Fraschini. Alfieri baptise sa société la Società Anonima Officine Alfieri Maserati.

A l'issue de la guerre, Alfieri crée un nouvel atelier situé dans la banlieue de Bologne, à Ponte-Vecchio. Il y prépare une Isotta Fraschini Tipo Speciale de 6,3 litres, et remporte deux fois la course de côte Suse-Monte-Cenis à son volant, en 1921 et 1922.

 

Ceci décidera Alfieri d'évoluer du statut de préparateur à celui de constructeur. Le premier modèle 100 % Maserati est la Tipo 26 construite en 1926 (le chiffre 26 célébrant l'année de naissance du modèle).La Tipo 26 une huit cylindres double arbre suralimentée de 1,5 litre. Sur le radiateur, figure le logo de la nouvelle marque. Il emprunte à la statue de Neptune, qui trône sur la place de Bologne dédiée à la version romaine de Poséidon, le trident que le dieu grec de la mer a reçu des Cyclopes.  

Maserati Tipo 26

La compétition va immédiatement sourire à la nouvelle marque et ce, grâce aux efforts d'Ernesto Maserati et Baconin Borzacchini. Beaucoup d'autres succès sont le fait de clients de la marque, qui sont aussi, pour elle, source de revenus économiques et publicitaires.

 

En 1929, Borzacchini établie un record du monde de vitesse à bord de la V4, un véhicule mû par un moteur V16, qui renforcera l'image de Maserati. Une image qui permettra à Maserati de traverser la crise économique de l'époque sans trop de dommages...

Maserati V4

1930 sera l'année qui verra naître la 26M, aussi connue sous le nom 8C 2500. Une voiture de compétition qui sera propulsée par un nouveau moteur avec un rapport alésage/course inhabituel pour la marque, situé entre les grand V4/V5 (3961-4906 cm3) et le huit cylindres de la Tipo 26 B.

 

La 26 M aura des déclinaisons non sportives destinées au grand public, carrossées par Castagna, qui en fait deux cabriolets, et Zagato, qui en fera un Spider en aluminium.

Maserati 26 M

Mais alors que la marque commence à prendre son essor, son fondateur, Alfieri meurt en mars 1932 des suites d'un accident dont il avait été victime le 8 mai 1927 à la Coupe de Messine. Cette disparition va rapprocher les frères Ettore et Ernesto, qui vont voir Bindo les rejoindre après avoir quitter Isotta-Fraschini...

Bindo devient le nouveau président de Maserati, Ettore sera en charge de la compétition et Ernesto sera à la tête du bureau d'études .

 

Malheureusement, alors qu'elle est victorieuse en grand prix, jusqu'en 1934, une nouvelle réglementation,, mise en place en 1934, va porter un coup d'arrêt à ces succès et ouvrir, pour la marque, une période difficile. L'arrivée de constructeurs comme Auto Union (future Audi) ou Mercedes, avec des monoplaces beaucoup plus puissantes va mettre toute la concurrence au pas durant toutes les années trente.

 

Maserati quitte alors la compétition pour se recentrer sur des véhicules de cylindrée plus faible, entre 1100 cm3 et 1500 cm3.

 

La Maserati 6 M, conçue par Ernesto, connaîtra un grand palmarès et sera exposée au salon de Milan, 1ere manifestation sanctionnant la présence de la marque au trident.

 

Mais la marque, confrontée à des problèmes financiers, va connaître sa seconde évolution...

2/1937-1968 La famille Orsi

 

Les problèmes financiers que la marque connaît, lui font traverser des moments particulièrement difficiles au milieu de la décennie.

 

Le contexte international et le déclenchement de la guerre d'Ethiopie, vont avoir un effet néfaste sur la production et, conséquence, les revenus. Mais les problèmes de Maserati viennent aussi de l'intérieur car, si les frères Maserati se distinguent par leur qualités de metteur au point, la gestion ne fait pas partie de leur talent...

 

Maserati ne devra son salut que par l'arrivée d'un nouveau sauveur : Gino Revere. Celui-ci devient le nouveau président de la société. Une solution de courte durée cependant, puisqu'un an plus tard les frères Maserati abandonneront la partie et céderont leurs actions à une autre famille : les Orsi. Une famille de riches industriels de Modène, possédant acieries ou encore fabriques de machines-outils et matériel agricole...

 

L'accord conclu entre les deux parties dispose que les frères Maserati demeureront responsables des développement techniques pendant 10 ans,mais sont éloignés des questions de gestion...Un accord qui a, à priori, tout pour plaire à la fratrie. Cependant l'histoire ne se déroulera pas comme prévue.

 

Dès 1939, les frères Maserati sont écartés et la direction technique confiée aux ingénieurs Alceste Giacomazzi et Alberto Massimino. Quant à Adolfo Orsi, il devient le nouveau président de la marque, tandis que l'usne est transférée à Modène, où elle demeure encore aujourd'hui.

 

Pourtant, Maserati connaît, à la même période, une gloire aussi grande qu'imprévue, puisqu'une 8 CTF vient à remporter les 500 miles d'Indianapolis. Une autre victoire à cette même épreuve s'ajoute en 1940. Maserati acquerra un prestige et une image enviée par beaucoup d'autres..

 

En 1946, deux 8 CTF prendront encore les troisième et quatrième places de l'épreuve reine du continent américain.

Maserati 8 CTF

La période qui suit l'après deuxième guerre mondiale va se révéler très riche pour la marque qui va cumuler les triomphes sportifs : En Europe comme en Argentine, où, plusieurs années de suite, Maserati se réserve pratiquement tout le palmarès de la Temporada. Gigi Villoresi, Giuseppe Farina et Alberto Ascari s'imposent à Buenos Aires et à Mar del Plata, ainsi que Juan Manuel Fangio…*

L'année 1946 est la pierre angulaire de Maserati qui voit la naissance de la première Maserati de route, l'A6, une jolie berlinette carrossée par Pininfarina et équipée par un moteur six cylindres de 1,5 litre de cylindrée.

Un an plus tard, Bindo, Ettore et Ernesto Maserati décident d'abandonner leur entreprise pour fonder à Bologne, le vrai berceau du Trident où ils retournent, l'OSCA (Officine Specializzate Costruzione Automobili).

Les années 50 ne sourient,cependant, pas autant à Maserati qui est loin du compte en formule 1. La marque est distancée par Alfa Romeo qui s'impose nettement dans le nouveau championnat du monde de Formule 1 créé en 1950. Les Orsi décident alors de la riposte en engageant l'ingénieur Gioacchino Colombo, le concepteur de l'Alfa Romeo 158.

Colombo va alors créer, en plus de l'A6GCM, une version Sport, l'A6GCS, qui établira sa suprématie dans sa catégorie, pour longtemps.

A6 GCM

Un nouveau modèle de tourisme sportif non destiné à la compétition est présenté en 1954. Dérivée de l'A6GCS, l'A6G 54 remplace l'A6G deux litres, qui, en 1951, avait succédé à l'A6 1500. Dans sa version coupé Zagato, l'A6G 54 est l'une des plus séduisantes Maserati de route et aussi l'une des plus belles GT jamais construite.

 

A6 GCS
A6 G54

La Formule 1 étant passée à 2,5 litres en 1954, Maserati retrouve temporairement, mais avec succès, Fangio, qui pilote la nouvelle la 250 F. Après la 250 S, évolution de l'A6 GCS, deux nouveaux modèles Sport apparaissent : la 150 S et la 300 S de trois litres.

Avec cette dernière, qui sera en 1956 la plus redoutable adversaire des Ferrari, Maserati s'engage à fond dans le championnat du monde des constructeurs.

MASERATI 150

En 1957, le Trident participe aux deux championnats mondiaux, F1 et Sport, ce dernier attribuant le titre de champion du monde des marques. Fangio revient alors chez Maserati et s'installe au volant d'une 250 F remaniée et portée à 290 ch. C'est un triomphe et la firme de Modène touche, enfin, au but en fin de saison : le champion argentin empoche son cinquième et dernier titre mondial sur la magnifique 250 F, l'une des plus belles monoplaces vues sur un circuit.

En cette année 1957, la plus belle de toute l'histoire de la firme, Maserati est à deux doigts de cumuler les deux titres, la puissante 450 S de 400 ch ratant de peu le titre mondial des constructeurs.La surprise est donc grande en fin d'année, quand tombe la décision de l'usine de se retirer de la compétition. Les motifs invoqués sont de nature économique.

De fait, Maserati est placé sous contrôle judiciaire le 1er avril 1958. La firme sera sauvée par la belle 3500 GT, première Maserati produite à grande échelle - relativement au créneau très exclusif des GT italiennes et produite à près de 2000 exemplaires. Conçue pour le marché américain, elle y sera largement diffusée. La 3500 GT constitue un pas décisif dans l'histoire du Trident. Constructeur exclusif de voitures de course pendant des décennies, Maserati opère avec ce modèle une réorientation stratégique et affirme sa vocation nouvelle à produire des automobiles de route.

En 1959, naît l'une des GT les plus exclusives et les plus coûteuses, la 5000 GT carrossée par Touring. Réalisée pour le shah d'Iran et motorisée par un V8 de cinq litres dérivé de la 450 S et délivrant 350 ch, elle est exposée au salon de Turin. Elle y fait grosse impression et suscite la créativité de plusieurs carrossiers italiens (Bertone, Allemano, Michelotti et Frua), qui se serviront de cette voiture d'exception pour mettre leur talent en exergue dans les grands salons automobiles.

L'année 1963 est marquée par un événement appelé à faire date : la naissance de la première Maserati quatre portes, la bien-nommée Quattroporte, une berline très exclusive, aussi brillante (V8 de 260 ch) que confortable.

Mais la compétition n'est pas réellement abandonnée. La Tipo 60 et la Tipo 61, dont le châssis en treillis multitubulaire très fin leur vaudra le sobriquet de Birdcage (cage à oiseaux) ou de Maserati-spaghetti, se révèlent de redoutables compétitrices au cours des années soixante. Outre ses succès aux États-Unis, la Tipo 61 sera vice-championne du monde des marques. Par contre, les tentatives pour s'imposer aux 24 Heures du Mans avec la Tipo 151 s'avéreront infructueuses.

Maserati poursuit son chemin de créateur de GT de rêve. Aux Sebring et Mistral, héritières de la 3500 GT, viennent se joindre la Mexico, un coupé 2 + 2 signé Vignale, la sublime Ghibli, rivale de la Ferrari Daytona, l'Indy, ainsi nommée en souvenir des exploits réalisés sur l'ovale d'Indianapolis.

La magnifique Bora, première Maserati de route à moteur central, est lancée au salon de Genève 1971, suivie en octobre par la Merak, également due au talent de Giugiaro. Deux ans plus tard, la Ghibli cède la place à la Khamsin, dessinée par Bertone et dont le nom est emprunté à un vent africain - rejoignant ainsi le cercle des Maserati (Mistral et Bora). Elle reçoit le V8 cinq litres de la Ghibli SS à la puissance légèrement réduite à 320 ch.

3/1968-1975 Le gâchis Citroen....

 

Paradoxalement, alors que la marque est en plein boom, l'histoire réserve au trident une nouvelle période de trouble et d'instabilité.

L'année 1968 voit Adolfo et Omer Orsi céder la société à Citroën, après de fourbes tractations de Michelin, qui contrôle alors le Quai de Javel.Pourtant le temps est aux grandes ambitions avec notamment un accord conclu avec Fiat . Mais celui ne durera pas longtemps.

Citroën veut faire partie du monde du luxe et veut marquer un grand coup. Le constructeur veut commercialiser la SM. La marque confie alors à Giulio Alfieri, maintenu à la tête de la direction technique, la conception d'un V6 de 2,7 litres, qui sera monté sur la Merak dans une version dérivée et portée à 2,9 litres.

Mais la marque aux chevrons annonce brutalement,en mai 1975, la mise en liquidation de Maserati, provoquant un beau tollé !

Plusieurs éléments expliquent toutefois cette décision. En premier lieu, l’échec retentissant de la SM que Citroën paye cher, puisque la marque est racheté par son concurrent Peugeot qui se désintéresse complètement de Maserati.

4/ 1975-1983 La main mise de De Tomaso

 

Maserati sera encore de nouveau sauvée. Ce sauvetage résulte d'une action concertée entre les Pouvoirs Publics italiens et Alessandro de Tomaso, ancien pilote Maserati et industriel argentin, propriétaire de sa propre marque ainsi que des motos Guzzi et Benelli.

En 1976, de Tomaso se sert de sa Longchamp pour créer la Maserati Kyalami,une automobile coupé GT de luxe fabriquée par le constructeur italien Maserati entre 1976 et 1983.Son nom est tiré du circuit sud-africain où la Cooper-Maserati de F1 avait obtenu l'une de ses deux victoires en 1967.

Dévoilée au salon de l'automobile de Genève en mars 1976, la Kyalami reprenait la philosophie du coupé quatre places trois volumes, interrompue avec la dernière Mexico en 1972. Elle s'inspirait largement de la De Tomaso Longchamp. Elle est considérée comme un modèle de transition, dans un contexte difficile pour Maserati.

 

Restylée et dotée d'une face avant dessinée par Frua, la Kyalami est équipée du V8 de 4,1 litres des Mexico et Indy.

La Kyalami sera commercialisée à 200 exemplaires seulement entre 1976 et 1983, elle sera la dernière création de Pietro Frua et sera remplacée par la Biturbo.

5/ 1983-1987 : La parenthèse Chrysler...

 

En 1983, Chrysler, souhaite offrir une gamme de véhicules haut de gamme. Le constructeur vient à la rencontre de Maserati. De cette collaboration sortiront deux modèles à la finition luxueuse pour les consommateurs américains équipés de moteurs Chrysler préparés par Maserati : la Chrysler TC (pour Touring Convertible), un cabriolet, panaché de technologies pas toujours très glorieux.

Lee Iacocca, alors président de Chrysler et vieille connaissance d'Alejandro de Tomaso, investit 35 millions de dollars dans l'entreprise. Mais Chrysler prendra trop de temps pour introduire le modèle sur le marché américain.

Chrysler se retire quatre ans plus tard et Alejandro de Tomaso décide lui aussi de vendre ses parts.

La décennie 80 sera celle des Biturbo, des modèles moins coûteux mais aux performances brillantes. Pas moins d'une trentaine de versions seront développées de ces voitures néanmoins très en retrait par rapport à la grande époque du Trident. 

6/1987-2017: Le giron de Fiat 


 

En 1987, l'entreprise est reprise par Fiat qui essaye dans un premier temps de faire fonctionner les équipes Ferrari et Maserati ensemble, chose hasardeuse attendu que les deux marques ont toujours été de sérieuses concurrentes.

On en verra quelques traces dans des programmes d'amélioration de la qualité et de la fiabilité, comme avec la Quattroporte evoluzione. Ensuite, en 1997, le groupe Fiat décide de fusionner Maserati et Ferrari, les adversaires d'hier.

Depuis 1993, Maserati revit sous la houlette du groupe Fiat, qui, en 1997, a placé le Trident de Bologne dans l'écurie du cheval cabré de Maranello. Un singulier clin d'œil de l'histoire, quand on sait que la firme fut, sur les circuits comme à la ville, la grande rivale italienne de Ferrari.

La 3200 GT, lancée au salon de Paris de 1998, et ses dérivés, a permis à Maserati de s' assurer un avenir, et de multiplier des projets à la mesure d'ambitions retrouvées. En témoigne le retour de la Quattroporte et le show car Kubang GT Wagon réalisé par Giugiaro et présenté au salon de Detroit 2003.

La marque offre, en 2017, un visage homogène avec, pour la première fois depuis longtemps, une gamme complète et cohérente. Une gamme allant de la « petite » Ghibli, au tout nouveau SUV Levante qui jouit d'un grand succès bienvenu pour la marque.

En décembre 2016, Maserati a passé le cap symbolique des 100 000 véhicules produits, un fait historique pour cette marque plus que centenaire.

MASERATI MEXICO